Témoignage d'une "patos" à Alger fin 1961-1962

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Le 21 avril, le Cercle d’Aix avait convié Madame Lasserre, professeur et historienne, à témoigner  de la période 1961/1962 au cours de laquelle elle vint enseigner au Lycée Fromentin à Alger. Il ne s’agit donc pas d’une conférence universitaire mais d’un témoignage personnel  d’une jeune métropolitaine de 22 ans ayant passé moins de neuf mois à Alger, essentiellement préoccupée par sa toute première expérience d’enseignement. Ce témoignage est livré plus de 50 ans après.


Pourquoi si tard ? Principalement pour répondre à l’ignorance de son entourage qu’elle a constatée à propos de cette période (malgré un époux pied-noir).
 

Sur quelles bases appuie-t-elle ses lointains souvenirs? Sur les lettres qu’elle écrivait à ses parents et qui ont été conservées, ainsi que sur la confrontation de ses souvenirs avec ceux d’un ami de l’époque et de son époux.

Notre invitée n’a jamais choisi d’aller en Algérie dont elle avoue qu’elle ne connaissait rien ni personne. C’est un poste qui lui fut imposé à l’obtention de son agrégation.
Son témoignage fait état successivement de son installation à Alger, sa découverte (éblouie) du lycée Fromentin, ses relations avec ses collègues et ses élèves « pieds-noirs », son cercle d’amis universitaires fraîchement débarqués de métropole, ses sorties à Alger et dans ses proches environs ou son escapade dans le M'Zab, sa perception de l’atmosphère qui régnait à Alger tant à son arrivée (septembre 1961) qu’à son départ (juin 1962), son année scolaire "très peu professionnelle", son départ, son retour en France ....et la parenthèse qui se referme pour les métropolitains …

 

La conférencière indique que le gouvernement ayant donné la consigne aux fonctionnaires de se "mettre en grève" et conseillé aux  métropolitains de retourner en France au moment de la signature des accords d'Evian, elle n'était donc pas à Alger le 19 mars 1962, pas plus qu'au moment du blocus de Bab-el-Oued dans les  jours qui suivirent, ni lors de la fusillade du 26 mars 1962 au centre d'Alger où 80 victimes civiles innoncentes françaises tombèrent sous les balles de l'armée française.

La conférencière indique que le gouvernement ayant donné la consigne aux fonctionnaires de se "mettre en grève" et conseillé aux métropolitains de retourner en France au moment de la signature des accords d'Evian, elle n'était donc pas à Alger le 19 mars 1962, pas plus qu'au moment du blocus de Bab-el-Oued dans les jours qui suivirent, ni lors de la fusillade du 26 mars 1962 au centre d'Alger où 80 victimes civiles innoncentes françaises tombèrent sous les balles de l'armée française.

 

Le témoignage qui nous a été livré n’a pas été reçu sans malaise.
Face à l’analyse de la situation algérienne (conforme à la version « officielle » de l’Histoire) qu’a exposée la  conférencière, il y manquait les huit années de tragédie vécues par les Français d’Algérie, qui expliquent sans doute les réactions et les événements dont elle a eu à se plaindre.

Manquait aussi l’expression d’un éblouissement pour cette terre singulière chantée par Camus et d’un intérêt pour son peuple, qu’on aurait pu attendre de l’universitaire spécialiste de la Grèce antique, puis de l’Histoire de la France du XIXème siècle.    

Publié dans CONFERENCES

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H
Cher Pierre

Comme vous, plus les jours ont passé, plus j'ai ressenti, avec une peine infinie, ce fossé impossible à combler entre nos histoires des deux cotés de la Méditerranée
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D
Je souscris pleinement à ce compte-rendu, en tant que témoin, puisque présent à cette réunion. J'y ajoute ainsi une constatation étrange, une semaine tout juste après ce que nous avons entendu: je suis encore plus "réservé" et en proie à ce "malaise" ci-dessus mentionné, que sur le moment ! C'est comme si, au fil des 7 jours écoulés, j'apercevais de plus en plus nettement la profondeur du fossé qui nous sépare de cette dame sympathique , mais "métropolitaine"-type dans ce qui restera pour l'Histoire - et pour les écrivains futurs - comme une faille psychologique aussi infranchissable que fut - et reste encore - celle opposant, aux USA, Gens du Nord et Gens du Sud. Je ne vois pas de remède à un tel divorce, un tel dialogue de sourds: on peut par la recherche rétablir des Faits, combattre par le raisonnement des théories fausses: on ne peut rien contre l'Incommunicabilité mentale, psychologique et affective. En ce sens, cette réunion du 21 aura été très instructive,...
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