FRANZ FANON : Bordeaux veut lui donner une rue

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence


Suite à la décision de la mairie de Bordeaux de donner le nom d'une rue Frantz Fanon, idéologue contesté, de nombreuses protestations ont été adressées au maire de Bordeaux.
Celui-ci a suspendu sa décision.
Nous publions néanmoins le courrier que lui avait adressé notre présidente au nom du Cercle d'Aix. Nous pensons en effet que les arguments qu'elle y avait développés sont d'une grande pertinence et qu'ils devraient convaincre la ville de Bordeaux de renoncer définitivement à son initiative.

"Je ne puis que m’associer aux multiples protestations qui s’expriment contre votre projet de donner le nom de Franz Fanon à l’une des rues de Bordeaux.

"A la fin des années cinquante, pendant que des soldats français se battaient et mouraient dans le djébel algérien, Franz Fanon apportait son aide à l’ennemi sans courir le moindre risque pour lui-même. En dehors de tout jugement sur les évènements de cette époque cette raison aurait dû vous suffire pour écarter ce projet. Il n’en a rien été. Une telle évidence semble vous être étrangère, c’est une surprise pour nous.

"Dans les temps que nous traversons, où l’action des terroristes modifie de plus en plus le quotidien des Français, il y a pourtant plus grave que de reconnaître dans votre initiative l’une de ces habituelles tentatives de séduction électorale.

"En effet, Franz Fanon, dont vous voulez exalter l’engagement aux côtés du FLN, est indissociable de Jean-Paul Sartre qui a écrit une préface à l’ouvrage de son ami : « Les damnés de la terre ». L’injonction suivante que vous ne pouvez ignorer est extraite de cette préface: « Car dans un premier temps de la révolte il faut tuer. Tuer un européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre »…. »
«Tuer un européen » signifie clairement, homme, femme, enfant, vieillard, peu importe, puisque cette mort servira le triomphe de « l’Idée ».

"Si cette recommandation était valable, il y a soixante ans, au nom du triomphe de la révolution, qu’est-ce qui justifie de condamner ceux qui utilisent aujourd’hui les mêmes moyens pour faire triompher leur dieu, comme ce fut le cas lors des attentats de Noël à Strasbourg ?

"A la même époque Albert Camus écrivait : « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente où le tueur sait d’avance qu’il atteindra la femme et l’enfant ». Il faisait de l’assassinat de l’innocent le mal absolu et la limite à tout engagement dans l’histoire.

"Entre la voie indiquée par Franz Fanon et celle d’Albert Camus vous avez donc fait un choix qui nie la valeur sacrée de la vie humaine. C’est pourtant sur celle-ci que repose notre civilisation. Elle nous vient de la lointaine chevalerie, elle a survécu tant bien que mal à ces totalitarismes du XXème siècle dont Franz Fanon et J.P. Sartre s’étaient fait les chantres.

"Les actes symboliques ont leur importance.
Aujourd’hui Franz Fanon est peu connu du grand public mais vous comptez sans doute sur les réactions que votre décision va provoquer pour augmenter le bénéfice politique que vous en attendez. Soyez certain que quiconque consultera son ordinateur pour comprendre les raisons de cette polémique découvrira d’emblée cette recommandation : « Il faut tuer un Européen ».

"Quel étrange message vous envoyez ainsi.

"Recevez, Monsieur le Maire l’expression de mes salutations distinguées."

Publié dans POINT DE VUE

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