DERNIER NOËL EN ALGERIE, par HELENE

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence


Plusieurs de nos amis nous ont adressé le récit de leur dernier Noël dans leur Algérie française natale. Ils témoignent tous, sous les sourires quelquefois, d'une grande émotion et d'une grande tendresse. Nous les en remercions. 

Après Marie-Lou, Cécile, Alain, Louise, voici le récit d'Hélène.

Dernier Noël là-bas ? Les années écoulées depuis mes 11 ans ont du mal à s’en souvenir.
Il y avait eu la désillusion du Putsch d’avril 1961, les représailles contre le peuple français d’Algérie …


Pourtant, nous avions dû fêter Noël comme nous le faisions depuis toujours dans cette grande maison familiale où vieillissaient nos deux séniors et poussaient les enfants. Le réveillon avait dû se passer autour d’un repas qui me semble avoir été le plus souvent le même : de belles entrées colorées, une volaille dodue entourée de marrons (nous n’aimions pas particulièrement les marrons - trop patos !)

, un plateau de fromages et une corbeille de fruits frais et secs ainsi que

des friandises (maman s’obstinait à acheter des fondants dont j’avais horreur) et le Sidi Brahim à 12,5° et plus, si affinités !
Ce que je préférais était le panier d’oreillettes que montait ma grand-mère, la vaisselle et les couverts "du dimanche" soigneusement dressés sur une nappe brodée ainsi que le grand

sapin qui abritait la crèche de la Nativité.
Rien d’abondant comme c’est le cas aujourd’hui… Seulement une tablée joyeuse et élargie à d’autres oncles, tantes, cousins, cousines, ce qui faisait que nous n’étions pas moins de 12 (jamais 13 ! ) jusqu’à une bonne quinzaine.
Ce Noël-là, les parents ont dû s’interdire de trop parler de politique. Pourtant des "De Gaulle au poteau " ont bien dû fuser. Ont-ils parlé d’un prochain départ ? Je ne crois pas.
Mon frère et moi ne croyions plus au Père Noël et prenions soin de ne pas vendre la mèche aux plus jeunes : c’est que, depuis novembre 1954, nous avions appris tant de choses …
Mais tous, nous étions conscients d’avoir la chance en ce Noël 61 d’être encore ensemble et vivants sur cette terre aimée.

 


Noël 62- Nous sommes en Région Parisienne. Mon frère est gravement malade et hospitalisé dans un affreux établissement parisien. A 13 ans, il y passera son Noël, tout seul, comme un grand.
Gare d'Austerlitz, les métropolitains s’empressent sur les quais avec leurs skis …Mes parents et moi, rentrés dans la villa glacée que nous avons louée, nous pleurons.
L’année d’après, tous quatre nous irons passer Noël chez oncle, tante et cousines échoués à Châteauroux. Mais quel déchirement lorsqu’il fallait se quitter.
Je ne me souviens pas de ces premiers Noëls métropolitains.

                                                                                                Hélène
 

Publié dans TEMOIGNAGES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :