RAPPORT STORA et les médias: Notre regard - Aujourd'hui celui de la présidente

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

21 janvier 2021, émission « Apolline matin » (RMC) sur le rapport remis par Benjamin Stora au Président de la République.

Brève émission qui s’est ouverte par le 8 mai 1945. Nous savons que c’est un évènement auquel on a conféré une fonction pavlovienne : 1945= 40 000 morts selon l’Algérie, de 2000 à  20 000 selon les Français  «… ce qui est déjà énorme » commenta la journaliste. La violence de la répression seule compte, pas celle du massacre d’Européens qui en fut la cause, et qui n’est même pas mentionné.

S’il s’agit de graduer l’horreur afin de juger équitablement les fautes des uns et des autres, alors pourquoi s’en tenir là ? Il fallait citer les assassinats et les enlèvements de Français d’Algérie, en précisant qu’ils eurent lieu également par milliers, les incendies de fermes, l’égorgement de femmes, d’hommes et d’enfants du bled ; ils se comptèrent par dizaines chaque mois, parfois  par centaines, et cela durant des années.

Pourquoi ces journalistes ne le font-ils pas ? Refus, répondent-ils, de notre sordide comptabilité sanglante. L’argument n’est pas nouveau. Après le massacre du 20 août 1955 à la mine d’El-Halia, Marie Elbe a rapporté les critiques dont son reportage fut l’objet en Métropole. Elle avait renoncé à publier les images insoutenables qu’elle avait prises des enfants assassinés, mais elle s’était fait un devoir, elle, la femme, de décrire l’horreur qu’ils avaient endurée. Que croyez-vous qu’il arriva ? L’émoi ne fut pas provoqué par la mort d’une petite fille de trois mois « tronçonnée sur le bord de la baignoire » mais par le goût du sensationnel que l’article aurait révélé !

Ce matin, les journalistes de RMC indiquèrent que, sans « faire repentance », le Président de la République actuel ne regrettait pas les paroles du candidat qu’il fût. A cette époque il déclarait qu’il y avait eu « crime contre l’humanité » et que « la colonisation était une vraie barbarie ». Aujourd’hui il annonce des  actes « symboliques » comme de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon.

On a pu écrire que, grâce au symbolisme, « Des thèmes interdits ou réprouvés s’introduisent… comme par effraction… ». C’est le cas !
En effet que représente Gisèle Halimi ? Elle soutint le FLN et fut l’avocate de Djamila Boupacha qui, avec d’autres jeunes femmes, posèrent des bombes au Coq Hardi, au Milk bar, à la Cafétéria etc.. Yacef Saadi, voyait en elles de précieuses auxiliaires car, lorsqu’elles transportaient les bombes dans leurs sacs de plage, elles déjouaient plus facilement la surveillance des militaires qui contrôlaient l’accès aux lieux publics, dans les rues d’Alger. Les étudiants du bar Le Coq Hardi ne se méfièrent pas non plus de Djemila Bouazza avec qui ils  dansaient le Cha-cha-cha.

L’intention « symbolique » du Président de la République est stupéfiante, exprimée aujourd’hui en France, où des soldats patrouillent pour empêcher des attentats dans des salles de spectacles et des églises.

Gisèle Halimi au Panthéon ! Comment ne pas penser au projet de faire entrer Albert Camus au Panthéon qui fut si violemment combattu il y a quelques années. C’est une conjonction d’évènements qui continue d’éclairer le temps que nous vivons d’une lumière crépusculaire.
En réalité le rapport de Benjamin Stora n’a pas beaucoup d’importance. C’est un leurre, un prétexte, un brasier contenu. Il faut attendre qu’en retombent les flammèches autrement plus brûlantes.

Evelyne Joyaux  

 

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