RAPPORT STORA - Humiliation, domination ? Notre présidente répond

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence


Vendredi 22 janvier 2021, un débat sur le rapport Stora a opposé sur CNews, au cours de l'Emission " Ça se dispute ", la jeune et talentueuse journaliste (classée à droite) Eugénie BASTIÉ et Laurent JOFFRIN, ex patron de Libération.

A Eugénie Bastié qui considère qu'entre les périodes violentes de la conquête et de la guerre d’indépendance, " il s’est passé des choses positives, il faut le dire ", Laurent Joffrin oppose, par " J'ai du mal à le dire", une fin de non recevoir.

Notre présidente, Evelyne Joyaux, répond à Laurent Joffrin. De plus, de courts extraits de l’intervention d’Eugénie Bastié sont reproduits, ci-après + lien de l'émission. 
  


 

Laurent Joffrin et Eugénie Bastié sur CNews du 22 janvier 2021 - "Ca se dispute" (capture ph.)


Laurent Joffrin qui fut journaliste à Libération, a déclaré à propos des "Pieds-Noirs" : " Oui, ils ont fait des choses mais c'était toujours dans l'humiliation et dans la domination".
On attendrait d’un journaliste aguerri qu’il se montre plus circonspect dans le choix de ses paroles. En effet, venant de l’un de ces intellectuels qui, par exemple, devant les violences infligées à notre pays s’indignent habituellement du moindre soupçon "d’amalgame", on est en droit de s’étonner d’une généralisation abusive et d’une accusation bien mal étayée.

"Humiliation" et "domination" caractériseraient donc les instituteurs qui vivaient loin de leurs familles, dans les villages de Kabylie ; les institutrices qui se retrouvaient seules, dans le bled, pour apprendre à lire à 40 fillettes et convaincre leurs pères de l’utilité de cet apprentissage. "Humiliation" et "domination" caractériseraient aussi les médecins de colonisation parcourant les douars à dos de mulet. Et nos anciens qui avaient empierré les routes et creusé les puits, de quelle humiliation, de quelle domination se seraient-ils rendus coupables ?

Certes, nous serions en droit de nous étonner de ces déclarations péremptoires, mais nous ne le faisons plus car nous avons expérimenté, depuis longtemps, qu’un grand nombre de journalistes n’exercent plus vraiment leur métier. Ils n’informent pas. Ils forment.

Comment auraient-ils une réflexion critique sur leur propre thèse relayée complaisamment, pour peu qu’elle soit conforme à l’idéologie dominante. Une idéologie qui, d’ailleurs, ne se reconnaît pas comme telle et qui masque de rationalité une vieille et sourde rancœur qu’Albert Camus avait déjà décrite, il y a un demi-siècle : "… Il faut cesser de porter condamnation en bloc sur les Français d’Algérie. Une certaine opinion métropolitaine qui ne se lasse pas de les haïr, doit être rappelée à la décence ". Et encore : "Il y a (..)une méchanceté française à laquelle je ne veux rien ajouter…, on déteste, à ce point, chez nous l’adversaire politique qu’on finit par tout lui préférer, et jusqu’à la dictature étrangère... Les Français ne se lassent pas, apparemment de ces jeux mortels …".

Ce n’était pas une prémonition, mais une prévision !
Evelyne Joyaux

 

Extraits des interventions de la journaliste Eugénie BASTIÉ

"... il y a tout une partie de la jeunesse musulmane qui est entretenue dans l’idée que la France a été absolument odieuse, qu’ils ont une revanche à prendre, qu’ils ont été humiliés et que la colonisation est une blessure qu’ils portent encore sur leurs épaules. C’est un discours qui est nocif parce qu’il n’aide pas cette jeunesse à s’émanciper."

"Il y a aussi une mémoire très douloureuse de la part des Pieds-Noirs, qui rappelons-le, n’étaient pas une population qui exploitait et étaient installés là depuis des générations et qui ont dû plier leurs bagages du jour au lendemain et revenir en France sans un centime et repartir leur vie à zéro. Ce traumatisme-là, il existe aussi dans une grande partie de cette communauté pied-noire qui aujourd’hui a des descendants."

"Globalement, la colonisation est quelque chose de négatif mais ça n’efface pas qu’il y a des gens qui ont vécu en Algérie et que c’était de braves gens, pas d’odieux exterminateurs, que ça n’efface pas qu’en 1960 il y avait 38% des petits garçons qui allaient à l’école et qu’il y avait 20% de filles, ce qui était quand même énorme par rapport aux autres pays du Maghreb et de la région, ça n’efface pas qu’il y a eu un développement des infrastructures..."

"... on peut regretter que cette colonisation ait eu lieu mais elle a eu lieu, et maintenant la considérer uniquement sous le prisme de la violence, ça ne fait qu’attiser la détestation de notre passé et créer des fractures à venir. " 

LIEN DE L'ÉMISSION : C News

 

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