ANNULATION DU VOYAGE EN ALGÉRIE DU 1ER MINISTRE

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Au début du mois d’avril l’Algérie a annulé une réunion qui devait se tenir à Alger avec des représentants de la France parce que notre délégation était jugée insuffisante par le pouvoir algérien.

Nous avons donc reçu un nouveau camouflet après les nouveaux gestes symboliques du Président Macron qui s’efforce pourtant de complaire aux Algériens en criminalisant l’histoire de son propre pays.

En réalité les Français d’Algérie sont les derniers à s’en montrer surpris. Ils ne le furent évidemment pas lorsque le chroniqueur Eric Zemmour, avec qui nous partageons les mêmes racines, commenta l’évènement1 en s’excusant presque de recourir à la psychologie. On ne pouvait, dit-il, attendre ni respect ni reconnaissance de la part des Algériens pour des hommes qui trouvent bon de s’humilier devant eux.

Il s’agit en effet d’une psychologie empirique et concrète, qui fut acquise en Algérie durant 132 ans de compagnonnage, mais que les hommes politiques veulent ignorer par enfermement idéologique plus encore que par paresse intellectuelle.

Pourtant, c’est en s’appuyant sur cette psychologie que des historiens comme E.F. Gautier, et tant d’autres dont les ouvrages sont malheureusement écartés des bibliographies de l’Université française, s’efforçaient de démêler la complexité des rapports humains entre les différentes composantes de la population d’Algérie.

De même, c’est au terme d’une sorte de retour « initiatique » vers son enfance algérienne qu’Albert Camus énonçait la règle de sa vie d’homme2. Une enfance où il fallait faire preuve de courage pour trancher les questions d’honneur, et même survivre, comme dans l’ancienne chevalerie: « C’étaient des duels où le poing remplaçait l’épée, écrivait-il,  ils visaient en effet une querelle où l’honneur d’un des adversaires était en jeu, soit qu’on eût insulté ses ascendants directs ou ses aïeux, soit qu’on eût déprécié sa nationalité ou sa race».

Psychologie encore dans l’Algérie des Adieux3 où Serge Groussard raconte comment, envoyé spécial du journal « l’Aurore », il était revenu régulièrement en Algérie de juin 1962 à 1968. « Mes articles, au jour le jour, je les martelais sur le clavier, je les hurlais au téléphone. Je tenais à les lancer à pleine voix, du fond d’une terre devenue hostile, où je me trouvais seul, les mains nues, à la merci des vainqueurs sans victoire. ». Il a connu « les arrestations, les sévices, les agressions, les expulsions … » sachant que, quoi qu’il puisse lui arriver, « Paris serait resté de marbre ». Mais il revenait quand même « parce que les pieds-Noirs et les Musulmans fidèles à la France qui, volontairement, ou de force, étaient restés en Algérie après l’abandon de la Vème République avaient besoin de présences telles que la mienne». Il eut finalement la vie sauve: «… parce que je disais la vérité, et que je savais qu’ils le savaient. » .Il pensait donc que son choix, qui fut aussi celui d’Antigone fidèle à ses frères, lui avait servi de sauf-conduit. Une explication qui semble bien étrange en France, de nos jours !

Evelyne Joyaux

1 : Face à l’Info-CNEWS du 12/4/2021
2 : Albert Camus-Le premier homme-Gallimard 1994
3 : Plon 1972

 

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