UN CERTAIN 13 MAI 1958 et la suite

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Ce mois d’avril 2021 des centaines de militaires, en retraite ou en activité, à tous les degrés de la hiérarchie, alertaient sur le niveau de violence en France, violence qui, selon eux, menaçait d’échapper au contrôle des responsables politiques.

En réponse le ministre s’est essayé au mépris gaullien pour fustiger l’initiative «d’un quarteron de généraux en charentaise » dont les hommes du « putsch d’Alger », en avril 1961, auraient donc été les modèles.

C’était une référence à peine surprenante puisque le procès de notre passé en Algérie occupait l’actualité depuis des mois. En effet, on débattait beaucoup du rapport de l’historien Benjamin Stora (voir notre article) qui donnait corps au projet de « déconstruction » de l’histoire avec la destruction de nos repères que sont les statues et les plaques de rues, sans oublier l’épuration des mots.

Que représenterait l’anniversaire du 13 mai 1958 à Alger dans un tel contexte ? Ce n’est en effet pas une date anodine puisque la Vème République et la Constitution qui règle toujours nos institutions en sont issues, et que plus d’un homme politique l’assimila à un coup d’Etat.

Il n’en fut pas question dans les média ! Pourtant la télévision

ne manque certainement  pas d’archives filmées qui montrent le général De Gaulle, bras levés en signe de victoire, à Alger, Constantine ou Mostaganem.

Le 13 mai 1958 la foule s’était rassemblée au plateau des Glières, pour un dépôt de gerbes, après l’assassinat de trois soldats français. Trois de plus, trois de trop, après les fermes attaquées, les pattes coupées du bétail, les ceps de vignes sciés, les gardes-champêtres et les enseignants égorgés. Trois de plus, trois de trop, après les nez coupés, les enfants qu’il fallait amputer, les bombes dans les arrêts de bus et les cafés….

Elle s’était rassemblée cette foule excédée par les journaux de métropole qui traitaient les soldats français en tortionnaires, tout en passant sous silence les attentats que la population fidèle à la France endurait depuis quatre années. Enfin elle était excédée par la politique d’abandon du pouvoir politique qui montrait de la fermeté dans ses discours mais qui avait négocié secrètement avec le FLN, à Belgrade et à Rome, dès 1956, et qui s’accommodait d’un formalisme juridique plus favorable aux terroristes qu’aux soldats qui les combattaient.

Le 14 mai des Comités de Salut Public se constituèrent à Oran, Bône, Philippeville. La foule attendait Jacques Soustelle qui arriva le 17 mai sous les acclamations. Du haut du balcon qui dominait le forum il cria qu’il avait choisi « la liberté et la Patrie » en quittant Paris pour se retrouver « au milieu du peuple, à côté de l’Armée » et tenir sa promesse faite le 2 février 1956. « Vive la République, vive l’Algérie Française, Vive De Gaulle ! » lança-t-il enfin.

Dans une sorte de crescendo révélé par les enregistrements de l’époque, l’appel au général De Gaulle fut repris jour après jour par ses amis politiques. Les villes et les villages rassemblaient  2000, 10 000, 100 000 manifestants, enfin 600 000 à Alger.

Lorsque Soustelle et Salan faisaient acclamer son nom, et que le 6 juin, à Mostaganem, il remerciait la foule « du fond du cœur » avant de crier « Algérie Française », le général De Gaulle avait-il déjà décidé d’abandonner l’Algérie? Nous ne le saurons jamais vraiment. En revanche, il est certain qu’il ne se sentira pas tenu par sa parole de mai 1958.

Est-ce sans conséquence sur cette haute idée de la France qu’il prétendait incarner ? Du déséquilibre des démographies, de sa conviction que les civilisations en présence étaient inconciliables et des perspectives qu’il voulait ouvrir à la France, De Gaulle, comme Napoléon III avant lui, avait conclu que l’Algérie était un boulet dont il fallait se débarrasser. Les hommes ne comptaient pas, ou si peu dans son dessein. On pouvait leur mentir. « Quand sa hautesse envoie un vaisseau en Egypte, s’embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont à leur aise ou non ? », lisait-on déjà dans le Candide de Voltaire.

Pragmatisme politique ? Soit ! Mais il y a un pouvoir corrupteur du mensonge, contre lequel Péguy mettait en garde, surtout lorsqu’il provoque la mort, celle des Harkis en particulier, l’exil et l’humiliation de milliers de personnes. Une dégradation propre à détourner de la France ceux qui avaient cru en elle, dont elle a fait des vaincus et des victimes, tout en renforçant le prestige de ses ennemis qu’elle a changé en vainqueurs.

Les hommes qui s’opposèrent à la politique du général De Gaulle et qui, même dans leur révolte, refusèrent  de verser le sang de ceux dont ils avaient la responsabilité, finirent dans les prisons françaises après le 21 avril 1961. Le choix de chacun, dans le combat qui lui fut propre, se fit au nom de la Justice, du respect de la parole donnée, et de la fraternité qu’il mettait au cœur de son engagement. Leur long emprisonnement, le sacrifice de leur vie personnelle en furent les garants. Ils ont sauvé l’honneur, en particulier devant les Algériens.

On pourrait conclure qu’il s’agissait là d’une vision de myope contre la vision d’altitude du général de Gaulle, mais ce serait une erreur de perspective. En effet, ne furent-ils pas les plus lucides ? C’est bien de tels hommes qu’était venu, entre autres avertissements, celui énoncé en avril 1958 par Albert Camus. Ce dernier faisait de l’abandon de l’Algérie, auquel il disait ne pas vouloir contribuer, une menace pour l’avenir de la France et de l’Europe : « une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliés à la France, me paraît préférable, sans comparaison possible au regard de la simple justice, à une Algérie reliée à un empire d’Islam qui ne réaliserait à l’intention des peuples arabes qu’une addition de misères et de souffrances et qui arracherait le peuple français d’Algérie à sa patrie naturelle » Actuelles III Ed. La Pléiade p 901

Evelyne Joyaux 

DOCUMENTS ANNEXES A L'ARTICLE :

Ci-dessous :    Rapport du général Salan sur l'arrivée de Soustelle à Alger

                        Lettre de notre présidente Evelyne Joyaux à Eric Zemmour

                       

  Ci-dessous, vidéo : Extraits sonores d'époque sur l'arrivée du Général de Gaulle en Algérie le 4 juin 1958 recueillis par les reporters de la RTF en Algérie.

 

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