A la plage en Algérie avant 1962 : Surcouf, Bains Romains et Bou-Haroun

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Jacques, et bientôt Evelyne, nous font le plaisir de nous offrir quelques-uns de leurs souvenirs de plage de leur enfance.

A Surcouf
Après avoir descendu les larges escaliers qui menaient à la plage, il fallait courir, lorsque l’on était pieds-nus, pour traverser la large étendue de sable brûlant et rentrer de suite dans l’eau pour calmer la douleur.
Le matin, de bonne heure, la plupart du temps, la mer était "d’huile". Quel bonheur de se jeter dans cette eau si claire, si calme.


Les jours où il y avait de fortes vagues, nous nous faisions rouler, agrippés dans les grosses bouées noires qui étaient des chambres à air de roues de tracteur.
 

Mon oncle qui possédait avec ma tante paternelle une villa sur les hauteurs, réunissait tous ceux de la famille qui voulaient profiter de la mer (nous étions très nombreux).
Il avait un bateau à moteur et lorsqu’il rentrait de la pêche à la palangrotte avec les poissons rasoirs au corps rose rougeâtre, de forme fuselée, fréquents en Algérie, nous nous précipitions pour l’aider à monter l’engin sur le sable. Ses deux fils, mes cousins germains nous emmenaient faire des balades sur l’eau avec leur bateau à voile – un ponant. Pas très loin du bord, il y avait de rochers plats, les mattes, et en plongée sous-marine avec masque et tuba, nous ramassions les oursins violets avec une fourchette, en choisissant les plus gros et en laissant ceux de couleur noire ; certaines personnes se contentaient d’une vitre dans un cadre en bois et grâce à ce carreau, ne mettaient pas la tête dans l’eau pour les pêcher à faible profondeur.

 

 

A la plage en Algérie avant 1962 : Surcouf, Bains Romains et Bou-Haroun

 Notre récolte abondante était mise dans de grandes corbeilles en osier qui

pouvaient servir de berceau pour un nouveau-né et la dégustation en famille, avec des morceaux de pain, après la douce corvée de les ouvrir, sans se piquer (sinon il y avait parmi nous des spécialistes pour enlever les épines avec une aiguille) était un régal (….)
Après cette entrée, Maman nous avait préparé un gratin d’aubergines coupées en long et les différentes couches recouvertes de coulis de tomates, le dessus étant gratiné avec du fromage râpé de gruyère. Certaines semaines nous avions droit au gras-double acheté à Maison-Carrée qui avait mijoté pendant de longues heures, un autre délice !

En revenant le dimanche vers Alger, il y avait l’arrêt obligatoire à Fort-de-l’Eau, le long de la grand-rue, pour manger des brochettes de viande grillée, rognon et foie d’agneau avec le pain blanc mahonnais, devant les "super-Kanouns ". A l’époque nous ne mettions pas de crème solaire et en fin d’été nous étions noirs comme des pruneaux.

Aux Bains-Romains
En bas du cabanon de mon parrain, qui donnait directement sur la mer, les rochers étaient très près du rivage. On pratiquait la pêche de la girelle qui est un poisson de roche multicolore avec une nasse et pour amorcer on mettait des oursins brisés dans le girelier jeté au fond de l’eau. Cette pêche se faisait aussi depuis le bord de l’eau avec une canne légère d’environ 2,5 m, la plus fine possible et l’on appâtait avec des moules de roche. Nous nous régalions de manger ces petits poissons en friture. Il n’y avait rien à enlever, c’était un délice.
Nous consommions aussi sur place les arapèdes que l’on décrochait sur les rochers à l’aide d’un petit couteau. Il nous arrivait parfois d’aller chercher dans les trous des rochers des poulpes que l’on battait immédiatement, afin que la chair ne soit pas dure.
A l’heure de la sieste, avec le neveu de parrain nous utilisions des capsules de bouteille d’Orangina ou de Coca-cola, comme des pions pour nos jeux de société tranquilles, tout en buvant une boisson à base de poudre de coco réglisse. A la boulangerie du village on pouvait acheter des petites cocas bien dorées et poivrons, tomates, oignons frits dans la pâte croustillante fondaient dans nos bouches.
Je retrouvais des cousins germains dont leur oncle maternel avait un cabanon et une pastera, barque à fond plat et poupe carrée, un peu plus loin que l’habitation de mon parrain. C’était alors des balades à pied le long des haies de roseaux dont on se servait pour faire des sarbacanes (douces bagarres à distance). Les samedis en soirée, il y avait sur la grande place, projection de films en plein air.

 

Bou-Haroun

A la plage en Algérie avant 1962 : Surcouf, Bains Romains et Bou-Haroun

Mon oncle maternel et ma tante possédaient un "cabanon " plongeant sur les rochers ; avec leurs trois enfants et les grands parents, leur maison était ouverte à la famille qui souhaitait profiter de la mer, voir nager les dauphins au large. Leur pastera permettait de s’en approcher et après la pêche, la barque était ramenée à l’aide d’un palan en haut d’un promontoire rocheux cimenté, au bord de l’eau. Mon oncle qui "avait le cœur sur a main " achetait au port des casiers de sardines que l’on ramenait à la ferme à Oued-el-Alleug et il offrait aux ouvriers européens et indigènes un barbecue géant de ces poissons grillés au feu de sarments de vigne. Quel régal !

                                                                                 Jacques SOLARI
 

Publié dans TEMOIGNAGES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article