20 AOÛT 1955 : L'INNOCENCE MASSACREE à EL HALIA

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

132 Européens et 2000 Musulmans vivent à EL-Halia, dans la région de Constantine. Les hommes travaillent ensemble, et dans les mêmes conditions, à la mine de pyrite. Depuis des mois attentats et répression se succèdent dans différents lieux d’Algérie mais le maire a refusé toute protection du village. En effet, il est confiant dans la bonne entente des habitants et dans les déclarations de fidélité à la France qu’il ne veut pas compromettre par une présence militaire.

Pourtant, sans que rien ne filtre, une attaque a été soigneusement préparée par le FLN, et ce sont  les ouvriers de la mine et les femmes  qui vont jouer le premier rôle dans le massacre des « infidèles ».

Le 20 août le téléphone a été coupé ; le village est investi par les deux extrémités. Les émeutiers, d’abord encadrés par les hommes du FLN en uniforme qui disparaîtront avant l’arrivée des soldats français, brandissent des haches, des serpes, des gourdins… . Hystérisée par le you-you des  femmes, la foule a été chauffée à blanc par les accusations portées contre l’Armée française et par l’annonce du débarquement de troupes égyptiennes.

Il n’y a aucun moyen d’appeler à l’aide. La description de la sauvagerie des assassinats est insupportable à lire, mais les photos de l’alignement des corps des jeunes enfants d’El Halia, découpés ou fracassés contre les murs, restent dans les mémoires.

En fait l’objectif politique de cette opération bien organisée était ambitieux; il fut atteint puisque maints commentaires la présentent aujourd’hui comme un tournant dans la suite des évènements d’Algérie et, désormais, comme faisant partie de la « mythologie du FLN ». En effet il s’agissait de provoquer une répression violente qui dresserait contre la France les Musulmans qui lui restaient fidèles ; il était en effet inévitable que la répression ne touche pas seulement les coupables. Il était également prévisible que la mise en cause de l’Armée par la presse, et l’indignation de l’opinion française devant cette répression, l’emporteraient très vite sur l’émotion provoquée par le massacre. Les précédents ne manquaient pas ! Mais en attaquant les villages de cette région il s’agissait aussi, pour le FLN, de devenir les maîtres d’une portion de territoire ainsi « séparée » du reste de l’Algérie, et d’apparaître comme des interlocuteurs auprès des instances internationales.

Le 21 août 1955 Jacques Soustelle fit le déplacement et vit les enfants d’El Halia. On dit qu’il en fût marqué et que sa politique en fût influencée. On le lui reprocha ! En effet, pour les philosophes parisiens et selon le point de vue de J.P. Sartre, assassiner un Européen pour établir la Justice se justifie.

Alors, comment ne pas rapprocher cet évènement, ses origines, son objectif politique, de la déclaration d’Albert Camus sur le choix qu’il ferait de sa mère si un attentat perpétré au nom de la justice la menaçait. Elle n’est pas seulement innocente, elle est sa mère, sa terre de naissance, le petit appartement de Belcourt, la famille réunie sous la lampe de la cuisine... Elle est la réalité de son enfance, irréductible au carcan idéologique et, tout autant que la soif de justice de l’écrivain, elle est la vérité de sa vie.

C’est le lien avec cette réalité, c’est le sens de la vie que Orwell, Hannah Arendt, Soljenitsyne, Camus… désignent comme menacés par l’enfermement idéologique de notre temps, par « la camisole » de la logique qui justifie tous les moyens pour faire avancer l’Histoire .

L’idéologie par laquelle l’homme « s’émancipe de la réalité et de l’expérience » est source de démesure ; elle est menaçante, quel qu’en soit l’objet : politique, philosophique ou religieux.

Evelyne JOYAUX

 

Publié dans POINT DE VUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :