Qui étaient ceux que l’on appelle communément aujourd’hui « les Harkis »

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

 

« Ils étaient d’abord des « Français à part entière » selon l’expression du Général de Gaulle, chef du gouvernement, dans son discours du 4 juin 1958.

La plupart du temps ils étaient originaires des régions rurales d’Algérie.

Le Préfet Jean Vaujour, directeur de la Sécurité générale de 1953 à 1955, indique que, dans les villes d’Algérie, les effectifs de police étaient à cette époque de 50% inférieurs à ceux des villes françaises et qu’elles étaient presque inexistantes dans le bled.

Aussi la guerre subversive qui débuta le 1er novembre 1954 par une série d’attentats, dont le plus symbolique fut le double assassinat d’un instituteur et d’un caïd qui tentait de protéger l’enseignant et son épouse, trouva les douars et les villages du bled sans protection, donc particulièrement vulnérables au terrorisme.

Comme l’avait montré le conflit en Indochine c’était en effet le contrôle des populations qui constituait le véritable enjeu dans ce type de guerre.

Cette situation imposait que les musulmans puissent participer à leur propre défense.

Dans les douars et les villages du bled, les anciens combattants portaient fièrement leurs médailles et leurs décorations gagnées durant les deux guerres mondiales. Elles témoignaient vis-à vis de tous de leur courage, de leur fidélité à la parole donnée et de la reconnaissance que la France avait pour eux.

Ils répondirent présents en 1955, lorsque le Gouverneur Général de l’Algérie créa « une police rurale » qui préfigurait « les Harkis ».

« Harkis », « Moghaznis », « Groupes d’autodéfense » ce sont des noms divers pour désigner des réalités proches les unes des autres et, surtout, pour désigner ces hommes qui se sont engagés au service de leur pays et pour la défense de leurs villages et de leurs familles : les deux causes se confondant.

« Soldat, soldat français, soldat volontaire » martelait Ali Boualam, le fils du Bachaga Boualam : ancien Vice-président de l’Assemblée algérienne qui fut aussi l’une de leurs grandes figures.

Le fils du Bachaga Boualam expliquait encore : « Comme les soldats de l’An II les harkis se sont élancés, sans armes ou presque, sans argent, mal vêtus mais avec au cœur la foi et le courage… Ils étaient 200 000 au plus fort du conflit pour une population de 8 000 000 d’âmes…. Et quand la France s’est retirée elle les a abandonnés à la fureur de la populace et à la vengeance de ceux qu’ils avaient combattus. Les harkis, restés sur place ou refoulés par la France, sont alors devenus les derniers martyrs de notre pays…. »

En 1962, selon Ahmed ben Bella, les Willayas FLN ne comptaient plus que 10 000 combattants.

Au moment des négociations d’Evian, les Musulmans engagés pour la France étaient donc vingt fois plus nombreux que ceux qui la combattaient. Pourtant, ordre fut donné par Paris de désarmer les Harkis qui seront laissés sans protection ainsi que leurs familles.

Selon les documents de l’époque émanant des plus hauts responsables politiques français,150 000 Harkis ont été massacrés. Non pas fusillés, mais tués le plus souvent dans des conditions impossibles à décrire tant elles furent cruelles.

Bien entendu, ces chiffres sont difficilement vérifiables. Aujourd’hui la tentation est forte de substituer des querelles de statistiques au scandale que pourrait peut-être éveiller dans l’opinion publique la connaissance des faits. Mais, même si le chiffre de 150 000 personnes assassinées devait être divisé par deux (ce que les historiens les plus hostiles à l’histoire de la France en Algérie ne se risquent cependant pas à affirmer) l’horreur qu’il provoque en serait-elle moins grande ?

Quelques milliers de Harkis que des officiers avaient fait embarquer en dépit de l’ordre d’abandon ont été renvoyés en Algérie, par le gouvernement français. Ils allèrent à la rencontre d’une mort certaine, pendant que d’autres, que l’on peut déclarer plus « chanceux », se retrouvèrent isolés dans des camps bâtis à la hâte en France. Ils allaient y vivre mal, durant des dizaines années, à l’écart, dans l’indifférence générale. »

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Les lignes précédentes sont extraites d’un texte que j’ai écrit en 2011, à la demande d’un responsable politique qui souhaitait s’informer sur le sujet, ceci en vue d’une quelconque échéance électorale.

Après 1962 et durant des années, l’engagement des « Harkis » a été passé sous silence ou condamné par une grande partie de la presse française ; ils furent parfois menacés par les jeunes immigrés algériens. Aujourd’hui les anachronismes, le détournement des mots, les comparaisons hasardeuses, les amalgames, pratiqués depuis si longtemps, ont brouillé leur histoire qui est notre histoire.

Il faut rappeler qu’avant d’être des victimes des pouvoirs politiques successifs, ils sont des Français d’honneur, de courage et de fidélité comme nous apprenions à les respecter dans nos écoles d’Algérie.

Nous devons nous en souvenir.

 

                                                 Evelyne Joyaux

                                                Présidente du Cercle Algérianiste d'Aix-en-Provence

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T
Fin 1962 mon régiment de Tirailleurs était cantonné à Frenda, petite bourgade d' Oranie. In formé que tout était " plié" notre colonel prit la décision, ayant eu connaissance d'enlèvements de Harkis, d'aller chercher ceux que nous connaissions, avec leurs familles et, geste oh! combien intelligent, les fit s'engager comme Tirailleurs.
C'est ainsi que notre régiment a pu rentrer en France, à Amiens, avec un effectif assez grossi.
Ils étaient soldats Français.
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C
Voilà des gestes qui honorent ceux qui les ont faits.