Commentaire après la réunion avec les représentants des Français d’Algérie organisée le 26 janvier 2022 par le Président Macron.

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Le 26 janvier 2022 le Président de la République est revenu sur les évènements qui jalonnèrent l’année 1962, dont la fusillade du 26 mars à Alger. Faut-il rappeler que, malgré l’avis des officiers, des tirailleurs musulmans avaient été ramenés du djebel pour faire face à la foule algéroise qui devait apporter des vivres aux habitants de Bab-el-Oued. Les hommes, les femmes et les enfants de ce quartier, encerclé par les forces de l’ordre depuis plusieurs jours, étaient privés de nourriture et de médicaments. Rue d’Isly, le cortège sans armes fut mitraillé durant plusieurs minutes par des soldats sous uniforme français: un massacre que le Président Macron juge aujourd’hui « impardonnable ». Il fit également une allusion rapide au 5 juillet 1962 à Oran. Nous savons que cette date qui était symbolique pour le FLN puisqu’elle correspondait à l’anniversaire de la prise de la Régence d’Alger en 1830, vit se multiplier les assassinats d’Européens et de Musulmans fidèles à la France, dans des conditions de barbarie indescriptibles, ainsi que des enlèvements par milliers. Cette journée précipita l’exode massif qui s’était amorcé après « les Accords d’Evian » et la fusillade du 26 mars. En effet chacun avait la preuve de l’inanité des garanties prévues dans ces accords.

Qui juge de ce qui est impardonnable et de ce qui ne l’est pas ? Les gouvernements qui succédèrent à celui du Général De Gaulle ne sont pas responsables des tragédies du 26 mars et du 5 juillet 1962. Mais ils n’ont pas recherché les « Disparus », ils n’ont pas demandé de comptes à l’Algérie, ils ont menacé ou contraint au silence ceux qui ne se résignaient pas à l’oubli forcé qu’ils voulaient leur imposer. Est-ce pardonnable ?

Après eux, le Président Jacques Chirac, qui avait connu l’Algérie, décida que les manuels scolaires devaient enseigner aux enfants de France une histoire moins partiale de leur pays, une histoire qui rende compte de l’œuvre accomplie en Algérie et qui n’ait pas comme seul fil conducteur la violence et « la guerre ». Mais il fit marche-arrière devant les pressions de l’Université et d’une grande partie de la presse, laissant le champ libre à la pensée qui fait aujourd’hui de la France une éternelle coupable. Une pensée qui impose désormais sa suprématie aux nouvelles générations tout en déconstruisant notre histoire, en supprimant nos références et nos symboles. Est-ce pardonnable ? Quel observateur objectif en décidera ?

Est-ce le Président Macron qui, après avoir criminalisé la vie de ceux qui ont vécu en Algérie, et dont nous revendiquons l’héritage, n’est jamais revenu sur la condamnation imprescriptible dont il accabla les nôtres il y a quelques mois ? Est-ce cet homme qui pleure sur nos malheurs en accusant le pouvoir de 1962 ; un pouvoir qui n’a pourtant pas fait autre chose que nous mépriser et nous condamner comme il l’a fait lui-même.

Il faut en finir avec cette dialectique de la faute et de la quête du pardon, de la réconciliation et de la paix, dont usent les responsables politiques depuis tant d’années. Tout au moins il faut que nous cessions d’en être les dupes. Il faut en finir avec cet agencement de la mémoire et de l’oubli selon les besoins du pouvoir en place. Commémorer cette date, passer telle autre sous silence !… Les morts du 26 mars, ceux du 5 juillet, ceux qui furent sacrifiés, ou se sacrifièrent, au nom de la France en Algérie furent, en dernier ressort, les victimes de ces jeux politiques et de l’idéologie qui les sous-tendait. Pour tout dire, ils furent victimes du mensonge et de la lâcheté. Rien n’a changé depuis.

C’est à cette aune là que nous devons évaluer les choix et les gestes symboliques qui jalonneront 2022.

Evelyne Joyaux

Présidente du Cercle Algérianiste d’Aix-en-Provence

 

Rappel : notre blog : congraix.over-blog.com et notre site enseignement : www.algérie-ecole-1830-1962.com

Publié dans POINT DE VUE

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Merci pour ce commentaire hélas trop juste.... l'imposture persiste, de plus en plus machiavélique !
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