TOURISME EN ALGERIE du temps des colonies , Y. Sarthe (résumé)

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Au temps des colonies, l’Algérie a-t-elle connu le même engouement que ses voisins « orientaux » en matière de tourisme ? 

 

Tourisme en algérie

 

C’est ce à quoi le conférencier, Yves Sarthe, se propose de répondre ce soir, 17 octobre 2013, non sans avoir auparavant décortiqué avec gourmandise l'origine des termes « Tourisme » et « Colonie ». Au cours de la conférence, on lui découvrira la même gourmandise à multiplier les qualificatifs illustrant les lieux, les choses, les gens de notre pays natal, une seule locution ne suffisant assurémement pas à contenir l' histoire et le caractère protéiforme de ce pays.    

 

Dans une première période, qui part de 1830 au seuil de la IIIème république, la découverte du pays n’a été possible que lorsque la conquête a progressé et que les villes et territoires sont devenus plus sûrs. Le conférencier n’omet pas non plus de rappeler les difficultés créées par la traversée de la Méditerranée, que seuls les progrès de la navigation à roue, puis à vapeur, estompèrent peu à peu. Enfin, le « touriste étant celui qui sait où il va », il lui faut avoir une représentation de ce nouvel espace : c’est ce que les peintres (Delacroix, Fromentin) et les écrivains (Dumas, Gautier) vont s’attacher à lui fournir, avec plus ou moins de pittoresque et d’imagination débridée. Grâce à une riche iconographie, nous traversons les paysages les plus insolites ou dantesques au milieu des derniers fauves, ou bien encore nous nous rendons dans ces villes européennes qui se construisent et se juxtaposent à la ville musulmane.

 

La deuxième période court sur toute la IIIème République ;  on y voit un réseau ferré qui s’étend considérablement, liant bientôt l’Est à l’Ouest, et qui déverse dans ses gares au style néo-mauresque des voyageurs de plus en plus nombreux munis désormais de guides touristiques. Les monuments se visitent, l’hôtellerie vante son confort et les sites antiques sont immortalisés sur les photographies. Les visiteurs dégustent « les douceurs du pays d’Allah », se déguisent en bachaga ; on fait l’éloge du climat algérien pour la saison « d’hivernage » ou des eaux sulfatées ou carbonatées de ses thermes. Les voyageurs prestigieux se multiplient, de Sissi, l’impératrice d’Autriche, à Guillaume Apollinaire, Guy de Maupassant, André Gide, et même Karl Marx, tandis que des villas somptueuses sont bâties, notamment par des anglais, sur les hauteurs d’Alger.

 

Le centenaire de l’Algérie sera l’occasion de recevoir la France Métropolitaine et de montrer à la fois la modernité du pays nouveau et ses traditions latine et islamique. De nombreuses cérémonies auront lieu pour fêter l’évènement : ainsi la stèle de Sidi Ferruch, en hommage à la conquête, est inaugurée en grande pompe par le président de la République, Gaston Doumergue, tandis qu’à la Porte Dorée à Paris, est érigé en 1931 le Musée des Colonies (aujourd’hui livré à l’abandon). Les affiches, alors, y dépeignent une Algérie fraternelle.

Le conférencier nous promène dans cette Algérie de siècle débutant où se côtoient de vertigineuses infrastructures et d’immuables casbah, et nous enseigne, preuve à l’appui, que la France, par ses érudits, ses chercheurs, ses amateurs, depuis la préhistoire jusqu'à l'histoire la plus proche," a révélé l’Algérie à elle-même".

 

La seconde guerre mondiale a brisé l’élan touristique de l’Algérie. On constatera en effet que, durant les vacances, le flux sortant sera plus important que le flux entrant : les compagnies maritimes ou aériennes se remplissent de contingents de fonctionnaires ou de Français d’Algérie qui rejoignent leurs familles ou se rendent dans des lieux plus à la mode en Métropole. Il est vrai que les « évènements d’Algérie » vont précipiter la chute du tourisme en Algérie, malgré les belles plages, les oursins, les cimes enneigées du Djurdjura, les grandes forêts de cèdres, les cascades, les gorges, les villages de Kabylie accrochés au flanc des montagnes avec leurs figuiers de barbarie, les marchés hauts en couleurs, etc … que le pays offre généreusement. Ce seront les Français d’Algérie qui y passeront leurs dernières belles années. 

 

tourisme algérie 1

 

Inspiré par l’Algérie, Henri de Montherlant, écrira un livre intitulé « Il y a encore des paradis ».

« Des paradis, j’en ai vu d’autres, des plus somptueux, plus attrayants en somme, que l’Algérie, mais elle avait quand même un avantage, c’est que ce pays, c’était le nôtre», conclut le conférencier à l’issue de ce beau voyage au cours duquel nous ne fûmes pas des «touristes».  

 

Publié dans CONFERENCES

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