Conférence (résumé) : Les 5 occasions de paix manquées en Algérie

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

 

Nous vous rendons compte en résumé très sommaire de la conférence organisée par le Cercle d'Aix qui s'est tenue le 11 octobre 2012, intitulée : "Les cinq occasions de paix manquées en Algérie", par le Colonel Armand Bénésis de Rotrou*. Cette conférence a été préparée par M. François Colinet du Cercle de Grenoble et présentée par Mme Monique Alessandra sa présidente. Un DVD de la conférence devrait être édité bientôt.

 

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Congraix FF

 

Pour sa 28ème édition  le Cercle d’Aix avait invité le Cercle de Grenoble à l’origine de l’enregistrement de la conférence du Colonel Armand Bénésis de Rotrou. Ce dernier devait donner sa conférence à Grenoble dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire de notre Exode. Mais une longue maladie - qui devait l’emporter - l’en a empêché. Par prudence, auparavant, il a fait enregistrer sa conférence par téléphone. C’est à François Colinet qu’est revenue la tâche technique de recueillir dans les meilleures conditions cet enregistrement, puis de l’illustrer avec les remarquables photos d’Arthur Smet, qui a suivi le Commando Georges. Ainsi, il nous a été donné d’entendre, par delà la mort, « le testament » de cet officier qui constitue un apport indispensable à notre patrimoine historique.

 

La conférence est introduite par un émouvant texte enregistré d’Hélie Denoix de Saint-Marc  : « Il faut croire à la force du passé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes » ;  le préambule se poursuit par la démonstration de l’adhésion du peuple algérien à la France qui a conduit incontestablement à la Victoire militaire de la France.

A l’appui de cette assertion, le Colonel rappelle que 263 000 autochtones ont pris les armes aux côtés des Français, soit 47% des effectifs globaux, ce qui constitue une très forte proportion si l’on compare la population indigène (10 millions) à la population française (50 millions). C’est d’ailleurs à ces 263 000  hommes (10 fois plus que les rebelles FLN) que le Colonel attribue une grande part de cette victoire. Mais malheureusement, c'est le volet "politique et diplomatique" qui fera l'Histoire et réduira les populations autochtones au silence par la terreur, malgré 5 occasions manquées de faire la paix.


La première occasion manquée 

Lorsque la rébellion éclate, elle prend au dépourvu la France, et la terreur l’emporte. Mais à partir de 1957, le pouvoir réagit et les autochtones se ressaisissent, lassés de la tyrannie FLN. On assiste alors à la levée en masse de forces supplétives. Mais alors que l’arrivée de De Gaulle en mai 1958 est saluée par les autochtones qui voient en lui une véritable autorité, et que celui-ci propose la Paix des Braves, la déception s’installe peu à peu, faute de mesures draconiennes à l’égard du FLN.

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La deuxième occasion manquée

Si Haled est chargé par le GPRA, convaincu qu’il ne gagnera pas la guerre, de négocier la Paix des Braves. Pour des raisons non éclaircies à ce jour, cette main tendue ne sera pas saisie et entraînera la radicalisation du GPRA. En 1959, la libération de nombreux rebelles par De Gaulle, sa distante tournée des « popotes », et sa proclamation sur l’autodétermination créent un climat de défiance autant chez les autochtones ralliés à la France que chez les européens. Les « limogeages » de Massu et de Bigeard, à l’issue des Journées des Barricades, ne font qu’accroître leur sentiment de crainte.


La troisième occasion manquée 

Au cours de l’année 1960, sur fond d’antagonisme entre factions FLN, Si Salah et d’autres chefs de Willaya décident de faire un coup contre le GPRA. Contact est pris avec le Général Salan pour négocier une reddition. Mais cette initiative se heurtera à une fin de non-recevoir de De Gaulle, qui, deux jours plus tard, fera une offre publique au GPRA. Ce dernier, ainsi renforcé, laissera libre cours à une épuration des fidèles de Si Salah et à des massacres d’européens et indigènes ralliés lors du dernier voyage de De Gaulle en Algérie.


La quatrième occasion manquée 

Le putsch d’avril 1961 - dont l'objectif était de proclamer la Paix des Braves et d’offrir une Algérie pacifiée au gouvernement français - échoue. De plus, la "trêve unilatérale" proclamée par De Gaulle permet aux rebelles exsangues de se reconstituer et de semer la terreur dans les centres urbains. Les supplétifs, dont on réduit les effectif et dont les villages en autodéfense sont désarmés, sont découragés et désertent en masse afin d’éviter les massacres qui se multiplient. D’autant plus qu’une clause  des accords négociés entre la France et le GPRA interdit le rapatriement des Harkis en métropole.

Le fiasco de l’application des accords d’Evian – qui n’ont d’accords que le nom - conduit alors l’Algérie livrée aux extrémistes, à l’anarchie, au désastre pour les Harkis et au départ massif des européens, sans que la France n'intervienne dans les drames subis.


La cinquième occasion manquée 

L’accord initié de longue date par le Général Salan et Jean-Jacques Susini avec le FLN de l’intérieur pour maintenir en Algérie les européens et les autochtones francophiles nécessite d’écarter le GPRA en maintenant le verrouillage des frontières. Mais il n’en sera rien et la France préférera remettre le pouvoir à la fraction la plus radicale, aboutissant au coup d'état de Ben Bella.


En conclusion

Le Colonel Bénésis de Rotrou qui, ayant servi en Algérie après l’indépendance, a reçu de nombreux témoignages de sympathie du peuple algérien, regrette que la France n'ait pu partir la tête haute alors que nous laissions un pays prospère, et nous enjoint de « rester vigilants et d’attendre le moment pour faire la paix avec ce peuple, et non avec un pouvoir qui honnit la France. »

 

* Le colonel Armand Bénésis de Rotrou, jeune officier de réserve, se trouva à la tête d'une section de combat en 1956, puis d'une unité de harkis. Il devint officier adjoint du célèbre commando Georges, formé à partir de rebelles ralliés par Marcel Bigeard. Après 1962, il rejoignit la Légion Etrangère et servit en Algérie et au Tchad, puis quitta l'armée en 1983. Il est décédé le 10 mars 2012 à Cannes.

Publié dans CONFERENCES

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