De Louis Bertrand à Albert Camus - Spectacle 2013 - 2ème entretien

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

Le Cercle Algérianiste d'Aix-en-Provence et la Compagnie de Madame Antoine présentent le 9 mars prochain à la salle des Fêtes de Puyricard (16h30) une représentation théâtrale intitulée " De Louis Bertrand à Albert Camus, les forces de vie".

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Avant cette date, nous publierons chaque semaine une série d'entretiens avec sa créatrice, Evelyne Joyaux, écrivain et présidente du Cercle d'Aix. Ces entretiens qui évoqueront Albert Camus, les auteurs algérianistes, les Français d'Algérie, vous permettront de mieux vous imprégner des "forces de vie" de ce petit peuple d'Algérie qu'Albert Camus et ses prédécesseurs avaient si bien saisies.

 

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2ème entretien

 

Congraixblog :  Camus a suscité des opinions divergentes chez les Français d’Algérie. Pouvez-vous nous dire quelle est votre position sur ce point ?

 

Evelyne Joyaux :" Lorsque des dizaines d’années après l’Indépendance de 1962 on a p3voté une loi pour appeler « Guerre d’Algérie » la période de 1954 à 1962, on a refait l’histoire en désignant deux camps ennemis parfaitement identifiés, l’opprimé et l’oppresseur, la bonne et la mauvaise cause.

Mais c’est trahir la vérité. Et ce sont nos contradictions, celles de Camus et celles de chacun d’entre nous, Français d’Algérie, qui rendent finalement compte de la complexité de la réalité vécue durant ces 7 années

Nous savons maintenant que Camus, de l’adolescence à sa mort, ne renonça jamais à chercher la justice, c’est-à-dire la mesure des arguments, et l’équilibre de la balance entre les adversaires, dans un temps qui allait devenir celui de la violence et du désespoir, et pour un pays auquel il était lui-même charnellement attaché.

Dans un contexte aussi brûlant, comment un tel engagement, ses déclarations, ses articles dans la presse, n’auraient-ils pas suscité des réactions divergentes ?

Au fil des mois, durant « la guerre », il ne changea pas de cap mais, contrairement aux intellectuels qui, mettaient comme Sartre « leur fauteuil dans le sens de l’histoire », il ne pouvait plus ignorer que cette soi-disant justice qu’on réclamait à Paris s’accommodait parfaitement de la destruction du travail accompli par des générations d’Européens modestes, du désespoir d’une mère dont l’enfant avait été assassiné, du sacrifice du soldat français tombé en opération, du déracinement prévisible pour des milliers d’hommes et de femmes qui n’étaient coupables de rien. 

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Il l’a écrit, peut-être trop tard, provoquant des réactions violentes de la part de ses anciens amis parisiens. Quant à ses compatriotes d’Algérie, pris dans la tourmente, ils n’étaient plus en situation de l’entendre.

C’est après 1962, mais surtout après la publication tardive de son manuscrit « Le premier homme », que beaucoup de Français d’Algérie se mirent vraiment à lire son œuvre dans son intégralité, à comprendre l’homme qu’ils sentirent fraternel.

Par contre, aujourd’hui, le guide proposé par les média réduit souvent l’œuvre de Camus à « L’Etranger » « la Peste » et « Misère de Kabylie ». Il cite « L’homme révolté » surtout comme origine de la querelle avec Sartre, sans s’attarder sur le fond. Il délaisse, ou contourne, les œuvres de la maturité comme « La chute » « Actuelles III » ou « Le Premier homme » en invoquant des raisons diverses : obscurité de « La chute », inachèvement du manuscrit « Le premier homme ».

Ceci devrait alerter les esprits libres."

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Prochain entretien, Dimanche 24 février dans la soirée. En bonus, une courte vidéo des répétitions....Penser à réserver vos places, leur nombre étant limité.

Publié dans VIE DU CERCLE

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