Charles Lacheroy (résumé) par A.C Schmidt

Publié le par Cercle Algérianiste d'Aix en Provence

« Les facteurs de décisions de Charles Lacheroy échapperont toujours à l’historien. Rechercher du rationnel là où il n’y a que de l’humain est peine perdue, mais l’étude biographique permet d’appréhender l’homme dans sa complexité, ses doutes, ses rapports quelquefois ambigus à un contexte mouvant qui a contribué à le façonner ». Telle est la proposition que nous soumet ce jeudi 5 mai 2011  Anne-Catherine Schmidt, dans sa conférence intitulée : "Charles Lacheroy : de l’officier colonial à l’officier politique".  

Le travail présenté est le fruit de deux années de recherches détaillées auprès de multiples sources (puisqu'il n'existe pas de fonds d'archives Lacheroy). Le présent résumé n'en trace que de succintes lignes. 

 L5

Un soldat ordinaire

Né le 22 août 1906 à Chalons sur Saône, Charles Lacheroy connaît une enfance heureuse dans une famille « foncièrement française ». Son parcours n’a rien de très singulier : un échec à Navale le conduit à entrer à Saint Cyr en 1925 ; c’est un bon élève, sans être exceptionnel ; il choisit la Coloniale, où, là, il se range dans la lignée de Lyautey et du rôle social de l’officier. Profondément patriote, l’armistice lui laisse un goût amer et il est sanctionné à deux reprises par la hiérarchie vichyste, soupçonné, une première fois, d’avoir conseillé à des soldats célibataires de partir en Angleterre et une autre fois d’avoir aidé un réseau de renseignements au profit de la France Libre. Après la libération, il se frotte pour la première fois aux aspects politiques dans une AOF fortement infiltrée par le communisme. De toutes ces premières expériences, il sera l’un de ceux qui cherchera à les intellectualiser et à en tirer des enseignements.

 

Le soldat et la guerre révolutionnaire

C’est cependant sa rencontre en Indochine avec la guerre révolutionnaire qui le conduira à dépasser l’étoffe d’un officier ordinaire de la Coloniale. Il y constate la puissance de l’organisation Viet Minh et la complicité de la population locale. Peu à peu, il se transforme en théoricien dont les thèses sur les « hiérarchies parallèles » et « sur les techniques du moral » rencontrent un grand écho : « D’un côté, une justice débonnaire et vénale, de l’autre, une dictature politco militaire relativement pure, toujours dure et quand il le faut cruelle. » Ainsi, il dénonce le caractère inapproprié des formes de guerre françaises et dissèque l’organisation implacable de l’adversaire : « On ne fait pas une guerre révolutionnaire avec une armée endivisionnée, avec une administration de temps de paix, avec le code Napoléon ».

 

Si Lacheroy n’est pas un précurseur, on peut dire que son véritable apport est sa volonté de modéliser le développement de toute guerre révolutionnaire, qu’il sait brillamment présenter grâce à son charisme et à ses qualités de grand orateur.

A la fin de 1956, on peut dire qu’il est l’un des plus hauts responsables de l’action psychologique pour la Défense Nationale et pour la Présidence du Conseil,  le processus de politisation s’affirmant dans l’évolution de ses thèses.

 

Le soldat politique

L3Une mésentente avec le ministre de la Défense, Jacques Chaban-Delmas, le conduit en Algérie à la fin de l’année 1957, où l’armée française l’emporte en termes de guerre dite « conventionnelle »  mais où le FLN impose ses vues par la voie diplomatique.

Il est intéressant de voir que le grand théoricien de l’action psychologique n’a joué aucun rôle le 13 mai 1958 alors que la fraternisation de cette journée peut être considérée comme l’une des grandes victoires de ses préceptes. Il a eu très vite des réserves sur la vision algérienne du général De Gaulle. En revanche, dans ses fonctions de responsable de l’information où il est bientôt nommé, il diversifie les supports de propagande en faveur de l’intégration afin de toucher les populations urbaines et rurales, européennes ou indigènes, alphabétisées ou non, les autorités françaises ou internationales ; cependant, à la fin de l’année 1958, où le climat est au doute, on peut considérer que le résultat de son action est en demi-teinte.

 C’est en France, qu’il a regagnée avec Salan, qu’il va contribuer à l’organisation du putsch en avril 1961 qui met, bien évidement, un terme définitif à sa carrière.

Un fossé a d’emblée éloigné De Gaulle de Lacheroy : « Seuls les actes comptent » dit le général quand on lui présente l’action psychologique, tandis que Lacheroy considère que De Gaulle « a cinq guerres de retard en Algérie ».  En outre, une « gaffe » de  Lacheroy à l’encontre de De Gaulle en mai 1958 explique la disgrâce de cet officier avant même son insubordination.L1

 

Lacheroy, responsable de la propagande lors des journées du putsch, choisit l’exil en Espagne  où son engagement auprès de l’OAS semble limité. Si ses convictions en faveur de l’empire français restent intactes, rapidement il considère perdu le combat pour l’Algérie française. Amnistié en 1968, il s’implique avec son épouse, Chantal de Bardy, dans de nombreuses associations (ADIMAD,AMEF, etc...) et décède en janvier 2005 à Aix-en-Provence.

 

La postérité des idées de  Lacheroy 

A l’heure de l’hypermédiatisation, on comprend l’importance des mesures d’informations et d’actions psychologiques ; néanmoins la conférencière préfère conclure, tout en admettant que son point de vue puisse être débattu, que la tentative de prendre en mains les populations n’apparaît pas concluante, aujourd’hui comme hier.  

 

Cette conclusion n’est pas partagée par tous. La présidente du Cercle  estime que l’appropriation des âmes est une vieille guerre des hommes, qu’elle a été effectivement théorisée mais qu’aujourd’hui elle est totalement intégrée dans notre société, prenant l'exemple du traitement de l'information des événements en cours.  En conséquence, la démocratie lui paraît parfaitement illusoire.

 

On retiendra des autres interventions, toutes de grande qualité :

-L6 Les précisions sur l’épisode des aviateurs polonais auquel aurait été partie Lacheroy, qui soulignent l’esprit de résistance de l’Afrique du Nord dès juin 1940 ;

- La réalité de l’infiltration communiste en AOF, et le rôle de Paul Béchard, gouverneur général et de Lacheroy pour tenter de l’endiguer ;

- L’impact de l’action psychologique sur la population et l’armée en Algérie, plus efficiente dans les villes, sans occulter pour autant l’action importante des SAS dans la pacification des bleds ; 

- La place de Lacheroy dans le putsch puis dans l’équipe madrilène de l’OAS ;

- L’hommage à l’un des derniers officiers de grande valeur, resté fidèle à ses engagements, formé dans l’Empire. 

 

 

 

Anne-Catherine Schmidt est une jeune universitaire en sciences humaines et sociales, chargée d’enseignement à l’Université de Metz. Elle prépare une thèse de doctorat sous la direction du professeur Olivier Dard (venu nous présenter une conférence au mois d’octobre dernier) et avec la cotutelle de l’Université de Liège.

Son mémoire de Master 2 qui porte le titre de la conférence a reçu une mention très bien à l’Université de Metz et le Prix Universitaire algérianiste 2010.

Publié dans CONFERENCES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article